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Acheter un Meuble : comment bien s'y prendre ?

Ce qu'il faut savoir, les éléments à prendre en considération, les pièges à éviter.



Le prix, une notion très subjective

La question récurrente de l'acheteur est comment acheter sans se faire avoir. Il faut savoir que la valeur d'un bien est purement subjective, et dépend nous le savons tous de l'offre et de la demande. La demande varie régulièrement , elle est phénomène de mode, et l'on se surprend à être à la recherche de meubles Art Nouveau aujourd'hui alors qu'hier la plupart servaient de clapier dans les fermes, de caisses à outils ou tout simplement étaient brûlés car des meubles de ce style là, de toutes façons ça ne vaudrait jamais rien…… L'offre étant du coup limitée du fait de la disparition de nombre de ces meubles et objets en plus de la très courte période qui porta les artistes qui les créèrent, l'Art Nouveau se vend à prix d'or.
Nous voyons donc bien que le prix ne correspond à rien, ou tout au moins à la hauteur de ce que l'on est prêt à mettre. Il est ainsi amusant de voir des secrétaires Louis-Philippe à doucine se vendre aux environs de sept cent euros en salles des ventes alors qu'il y a seulement dix ans on se les arrachait pour un minimum de trois mille euros. Il est aussi drôle quand on côtoie des salles de ventes dans deux régions différentes de voir le même objet atteindre des prix très différents, et dont le coefficient peut aller allègrement jusqu'à deux ….ainsi des antiquaires ou des commissaires priseurs n'hésitent pas à en tirer profit en se fournissant à une pour revendre à l'autre sans passer par un quelconque particulier !!! Nous voyons bien que le même objet dans le même pays à la même époque peut se vendre très différemment et que de ce fait encore une fois le prix n'est que subjectif et ne correspond en rien à la valeur intrinsèque de l'objet. Je dois même ajouter qu'un jour, à ma question « comment pouvez vous chiffrer des meubles précisément », un commissaire priseur m'a avoué feuilleter les catalogues de vente de ses confrères pour se donner une idée, et que quand le client demandant l'expertise contestait le chiffre annoncé, seule une attitude hautaine manifestant « l'expert, c'est moi » arrivait à le sortir de ce mauvais pas….


L'état général

Un calcul classique est souvent fait par de nombreuses personnes : si j'achète en mauvais état et que je le fais restaurer, je ferais une bonne affaire. En règle générale, ce calcul est archi faux. Une restauration coûte cher, voire horriblement cher. Nul n'est censé ignorer le tarif horaire classique d'un artisan – par ailleurs bien souvent très inférieur à certaines professions libérales, je dis ça pour les mauvaises langues…-, et tout le monde peut imaginer le temps qu'un professionnel peut y passer. Il faut savoir que même si l'ébéniste travaille bien plus vite que le particulier, poncer, décaper, recoller…ne sont pas des opérations dont le temps est compressible. La restauration ne se justifie que si on est attaché à l'objet, pas parce qu'on veut en tirer profit.
Vous allez me dire alors que la deuxième solution consiste à restaurer soi même. Soit.
Je suis bien d'accord avec vous que vous êtes capables de décaper un meuble massif et de le re-cirer, mais pour ce qui est des entures, de recollage de placage, de vernis….les particuliers dévaluent bien souvent leur objet plus qu'ils ne l'améliorent. Et pour ce qui est du décapage cité plus haut, cela ne donne en rien plus de valeur au meuble, car vous devez savoir que le véritable collectionneur est à la recherche du meuble dit « jus » que lui même d'ailleurs prendra plaisir à nettoyer avec ses cotons tiges, plutôt que le meuble « bidouillé » qu'il jugera toujours plus douteux que le crasseux…..
Vous devez donc prendre en compte l'état de ce que vous achetez, savoir que le prix d'une restauration peut avoisiner la valeur du meuble lui même, et être conscient que les clous ou la néoprène que l'on imagine mettre ne sont pas forcément les meilleures solutions.


Le style

C'est de style ou d'époque ??? Là, impossible à dire dans certains cas, même pour les plus grands experts…..Il faut savoir que le carbone 14 n'est précis qu'à quelques millénaires prêts, que les signatures se sont contrefaites à n'en plus finir, et que même le Louvre ou d'autres grands musées nationaux possèdent des copies que personne ne saurait déceler. Si vous ne me croyez pas, je vous recommande entre autres la lecture fascinante de l'un des plus grands copistes de tous les temps : André Mailfert. Alors face à tous ces initiés, que faire pour nous, pauvres mortels ?
Un meuble, pour éviter de « se faire avoir », il faut le regarder humblement. Quand je dis ça, c'est qu'il ne faut pas hésiter à l'ouvrir, le retourner, sortir les tiroirs…etc. Si vous adoptez l'attitude classique de beaucoup en vous disant que vous connaissez et que vous n'avez pas besoin d'ausculter de trop près, vous tomberez inévitablement dans le panneau un jour ou l'autre, et achèterez une armoire à fond neuf, une commode aux quatre pieds neufs….
Ce genre de restaurations n'est pas dramatique en soit, mais il est important que vous achetiez en connaissance de cause, et que face à certaines de ces réparations le prix corresponde à l'état.
Quand on n'est pas expert me direz vous, difficile de savoir ce qui a été transformé. Il va de soi que l'habitude vous servira et que c'est à force d'observer que l'on apprend. Malgré tout, un meuble se sent en général, la couleur du bois neuf mal vieilli se voit, les vis cruciformes trahissent l'intervention d'un bricoleur, un gros bronze pataud fait tâche, une serrure à ressort de tungstène dérange, un marbre bien recollé se détecte toujours par dessous, les entures aussi bien faites soient elles se remarquent quand on regarde avec attention, le bois vermoulu raboté ou trop poncé laisse apparaître des sillons……etc.
Pour conclure, il faut ne jamais oublier que quelque chose de vilain, même si c'est ancien sera toujours moche dans quelques années et ne prendra jamais de valeur. Ce qui est beau aujourd'hui sera beau demain. Il vaut donc mieux acheter du beau de style que du vilain d'époque.


Estimer

Pour donner un prix à un meuble, il faut avoir une idée du prix de ce genre de meuble en général, et le comparer : celui ci est-il mieux fini, en meilleur état, tout d'origine…. ? Vous vous aiderez comme cité plus haut de catalogues de salles des ventes, de sites Internet….

Bien souvent, la notion de se faire avoir encore une fois est subjective : un antiquaire doit gagner sa vie, et entre la TVA et les charges sociales et fixes, il doit tirer sa marge. Son prix est justifié par son temps de recherche, son conseil, son choix, sa livraison. Si le fait de payer plus cher chez le marchand signifie se faire avoir, vous aurez compris que ce n'est pas le cas, car vous aurez en fait payé un service, et pourtant ce genre de raisonnement est courant. Alors si vous voulez faire une très bonne affaire sans payer ce service dont vous vous passez, vous flânerez en salles des ventes ou vous procurerez directement chez le particulier et pourrez ainsi espérer toucher votre meuble au même prix que le marchand.

Il faut enfin -même si c'est difficile car le coup de cœur nous fait souvent défaut- estimer un prix en fonction de ce qu'il représenterait en fabrication identique aujourd'hui. Le côté ancien de la chose ajoute du charme et donc une plus value, mais cette notion ou une signature dont on ne sera jamais sûr –sauf inventaire de château….-, une authenticité que l'on ne saura jamais prouver ne doivent pas être des éléments qui vous éloignent trop d'un prix de revient neuf.


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